Rédigé par Farag DARDOUR
L’année
610 est une étape importante pour les Arabes, puisque c’est l’année de la
Révélation du Coran au prophète Muḥammad et l’apparition de l’Islam.
Selon
M. ELIADE, le Coran est un corpus qui par sa seule existence constitue un
élément fondamental de cohésion linguistique. De plus, apparaissant comme la
propre parole éternelle et immuable de Dieu, il prenait une valeur de norme
définitive. Mais cette langue n’a pas réussi à s’implanter comme langue parlée.
A. AL-SAMARAI a souligné que le brassage ethnique entre Arabes et non Arabes
(perses et romains entre autres) durant cette conquête a eu une influence non
négligeable sur l’arabe. Celui-ci s’est vu attribuer des prononciations différentes
et des termes étrangers.
C’est
ainsi que les grammairiens et philologues durant cette période avaient une
volonté consciente d’organiser l’arabe. Mais leurs principales préoccupations
étaient d’ordre religieux. Ce qui donna une impulsion à leurs recherches. Leur
conception de cette langue avait une projection du caractère sacré du Coran sur
la langue même. MALHERBE souligne dans le même sens que: «L’arabe a gardé
intacte cette richesse grâce à la déclamation du Coran, qui se transmet
identique de génération en génération. C’est ainsi qu’a été évitée une certaine
usure phonétique constatée généralement dans les autres langues au cours de
leur évolution. (….) L’arabe est maintenu très pur et unique grâce au Coran ».
Les
philologues arabes ont entamé une vaste enquête qui a dépassé le cadre de
l’analyse grammaticale et lexicale du Coran, afin de constituer un corpus
complet de l’arabe. Ils ne se limitèrent pas uniquement aux hadiths du prophète
transmis par la tradition orale et aux poésies anciennes, mais ils ont aussi
étendu leurs recherches à tout lexique existant dans les dialectes des tribus
réputées être d’origine arabe tels que : Quṣaī, Asad, Hadīl, Tamīm, et une
partie du Kināna. Ce travail qui a duré prés d’un siècle a permis de rédiger
l’essentiel d’une grammaire originale. D. COHEN ajoute dans ce sens : « C’est
grâce à ce travail qu’en un siècle fut établi l’essentiel d’une grammaire qui
constitue l’un des chefs-d’œuvre historiques de science du langage, et d’une
somme lexicale d’une stupéfiante richesse ».
La
progression de l’islam nécessitait et exigeait de produire une grande évolution
du vocabulaire. Selon A. AL-JUNDI, en raison de la gestion du domaine
islamique, en parallèle avec l’évolution des connaissances scientifiques et
culturelles, l’arabe a été contraint d’intégrer des termes concrets de diverses
origines. Pour les termes abstraits, les philologues ont dû recourir à des
adaptations de vieux termes à des significations nouvelles, à des néoformations
par dérivation et à toute forme de calques sur des termes étrangers.
Depuis
la période des Omeyades et surtout dans celle des Abbassides (661-1258), la
civilisation musulmane a connu un essor culturel et fabuleux. D’innombrables
ouvrages ont été publiés, à partir du 7ème siècle, comme par exemple l’œuvre de
al-‘yn de Al-farāhīdī, al-kitāb de Sibawayh, al-ẖaṣā’iṣ de Ibn-jinnī et
al-muzhar de Al-siyûṭī.
Néanmoins,
l’arabe a commencé à décliner lorsque le pouvoir de l’empire musulman est passé
aux mains des dynasties non arabes. En effet, elle a perdu son statut de langue
officielle et elle est restée une langue se rapportant à la religion.
D’ailleurs COHEN confirme cette réalité : « À partir du XIIIe siècle,
l’hégémonie sur l’empire musulman passe à des dynasties non arabes. Demeuré
langue religieuse, l’arabe n’est plus langue officielle que dans une partie du
domaine. La littérature d’expression arabe entre progressivement en léthargie,
et la langue littéraire cesse d’évoluer, sauf pour s’encombrer d’un très grand
nombre de vocables étrangers ».
Ce
phénomène de modification n’est pas uniquement au niveau de l’oral, mais pour
l’écrit aussi, comme le souligne BROCKELMANN lorsqu’il dit : « L’arabe est la
langue littéraire de l’Islam. Légèrement modifié dans son écriture au XIIIe
siècle par le persan, le mongol et le turc, qui l’adoptèrent comme langue
officielle du Coran ».
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